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Lionel Émard, L’annonceur, Pierreville, le 21 juin 2018

Dans le roman Maria Chapdelaine de Louis Hémon, Maria vient de perdre sa mère, elle entend des voix qui disent : « Nous sommes venus il y trois cents ans et nous sommes restés… Au pays de Québec rien n’a changé. Rien ne changera, parce que nous sommes un témoignage… Ces gens sont d’une race qui ne sait pas mourir. » (Boréal Express, 1983, pp. 197-198)

Mules Femme Le Clare Mules Le Le Femme Clare À regarder le Québec d’aujourd’hui, tout indique que le rêve prémonitoire de Maria Chapdelaine ne s’est pas maintenu. Avant-hier, les gens au pays de Québec s’identifiaient comme Canadiens français catholiques; hier, les gens au pays de Québec s’identifiaient comme Québécois; aujourd’hui, les gens au pays de Québec s’identifient à quoi ? Que s’est-il passé depuis la parution du roman Maria Chapdelaine en 1914 ?

Avant de regarder « Autour de nous les étrangers qui sont venus » (p. 198), regardons-nous; posons-nous cette question : N’avons-nous pas quitté la place que nous occupions ?

Devons-nous être étonnés, voire choqués pour certains, que des gens venus d’ailleurs occupent la place que nous avons laissée ? Ce ne sont pas des gens venus d’ailleurs qui ont vidé nos églises, c’est nous qui les avons laissées; ce ne sont pas des gens venus d’ailleurs qui nous demandent de ne plus parler français, c’est nous qui craignons de parler français quand nous devons le faire.

II y a certes des raisons à tout cela; au plan de la religion, il y a eu beaucoup de peur, de naïveté et de leurre dans le retrait du religieux de l’espace public; au pays de Québec, il y a une chose que les «logues» de tout genre ne s’expliquent pas encore : l’abandon rapide et sans douleur des valeurs et pratiques religieuses à l’intérieur d’une génération; une génération qui croyait à la théorie de l’époque de la «Grande Noirceur»; cette même génération, ne voulant pas être identifiée à la «Grande Noirceur», a refusé de transmettre, sans discernement, des valeurs et pratiques religieuses vécues durant cette époque de la «Grande Noirceur». Pourtant, c’est cette même génération qui a donné naissance à l’époque de la «Révolution tranquille». Cherchez l’erreur !

Quant à la langue, pas plus tard qu’hier, nous étions fiers de parler français, la langue de nos pères et mères et des aïeux; aujourd’hui, nous filons le profil bas ; nous ne voulons pas de «chicanes»; nous ne voulons pas passer pour des vous-savez-quoi; nous ne parlons plus de langue en termes de culture, mais d’affaires. Craignant d’être traités de raciste, de xénophobe, d’intolérant, et quoi encore, nous n’osons plus rêver d’être «Quelque chose comme un grand peuple » (René Lévesque).

Le rêve de Maria avait une part d’utopie. Avant-hier, ce rêve a fait vivre le Canadien français catholique. Hier, le Québécois a jeté par-dessus bord le rêve et l’utopie pour se distancier de la «Grande Noirceur». Aujourd’hui, celui qui vit dans ce pays de Québec, celui à qui nous n’avons rien transmis, rêve à quoi ?